Même s’il n’a pas retrouvé le titre mondial a Canberra, Julien Absalon reste le meilleur vététiste de la planète. Invaincu en Coupe du monde depuis 2006, le Vosgien a ravalé sa frustration et pense déjà à la saison prochaine. Aux Mondiaux du Mont Sainte – Anne, son jardin… Entretien. .

Interview réalisé par FREDERIC MACHABERT
pour BIKE Magazine novembre 2009

L’instant d’après…

L’an passé dans la foulée de ton deuxième titre a Pékin, pour décrire ton état d’esprit tu avais parlé d’une sorte de dépression post Olympique. Comment on arrive à dépasser ce moment?

Pendant deux ans j’ai préparé les Jeux olympiques. Mon quotidien était focalisé sur une seule journée, le 22 août. Tu penses à ça très souvent et tous les jours. Et le jour où tout cela est terminé, même si tu as réussi son objectif, tu te retrouves sans but précis dans la vie. Il fallait me tourner vers quelque chose d’autre, me recréer un but.

A quel moment ressens-tu ce malaise ?

Tout de suite après les Jeux, le soir même ! Tu commences à te dire, et demain qu’est-ce que je fais ? C’est presque comme une nouvelle vie qui commence. Il y a eu une phase d’hésitation, a me demander ce que j’allais faire. Si j’allais retrouver la motivation pour repartir.

Est-ce l’idée d’arrêter t’a effleuré l’esprit ?

Oui. Je ne voulais pas repartir sans la motivation nécessaire. Ce ne m’intéressait pas de continuer pour continuer. Si je fais du vélo, c’est pour être performant. J’ai attendu que l’envie et la motivation revienne. En plus c’est vrai qu’il y a eu aussi un tourbillon médiatique qui fait que tu es fatigué. Tu as envie de te reposer mais tu ne peux pas, il faut répondre aux différentes sollicitations.

A quel moment as-tu pris conscience que tu souhaitais prolonger quatre années de plus ?

Au retour de mes vacances à la Réunion, j’avais à nouveau envie de courir et aussi de rouler à l’entraînement. J’avais pris beaucoup de plaisir à rouler en enduro. Je n’avais pas envie de repartir sur une saison de cyclo – cross, j’avais envie de couper mentalement. Je ne voulais pas me remettre dedans, reprendre le rituel de repartir tous les week – end. C’était plus une contrainte. Apres les Jeux, j’ai voulu axer mon hiver sur le plaisir. Je me suis éclaté à rouler, tout en entretenant ma condition physique. Je suis encore prêt à faire beaucoup de sacrifice en été. Mais je n’ai plus envie d’en faire en hiver.

Est-ce dur de se remettre dans une ambiance de travail à ton retour des Iles ?

Non, pas vraiment. J’avais envie de reprendre la compétition, de retrouver l’émotion des grands événements donc ca n’a pas été trop compliqué pour se remettre dedans à mon retour. J’avais la motivation pour 2009 mais aussi pour les saisons suivantes. Et tout cela est allé en s’intensifiant. J’ai su rapidement que ma motivation pourrait se prolonger jusqu’en 2012.

Ton envie de changement s’est aussi traduite par des changements dans ton entraînement. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?

J’ai abandonné l’entraînement bi quotidien. Je n’aimais pas ca et physiologiquement je ne réagissais pas forcément bien. Il valait mieux que je fasse un entrainement plus long le matin et un temps de récupération l’après midi pour pouvoir rattaquer le lendemain dans de bonnes conditions. Quand je faisais du bi quotidien, je n’étais pas bien le lendemain. Gérard (Brocks, son entraîneur) travaille souvent sur le coté psychologique et il a vu que ce type de fonctionnement me dérangeait. Quand tu bosses comme ca, tu es en cuissard du matin au soir. C’est assez contraignant. J’ai même fait plus de vtt cette année. La saison dernière, je pense que l’on était dans un rapport de 60%route contre 40% en VTT. Cette année je suis à 50/50. Gérard arrive à me proposer des exercices toujours différents. Il n’y a pas de lassitude, ni de routine dans ce type de fonctionnement. C’est important de garder la motivation à l’entraînement.

Si l ’on revient sur ta saison internationale, tu prends la tête de la Coupe du monde après Offenburg mais avec une grosse inquiétude, la montée en puissance de Wolfram Kurschat…

J’avais dit que je n’avais vu un mec qui montait les bosses comme ça. Sur une Coupe d’Allemagne je m’étais amusé à compter combien j’arrivais à lui coller en descente et en fonction de ca je savais combien de temps il me prenait en bosse. Avant le début de la saison j’avais en tête des pilotes comme Schurter, Hermida ou encore Sauser et Naef. Mais pas Wolfram Kurschat pour la simple et bonne raison que je ne le connaissais pas. C’était un peu étonnant de se retrouver face à un adversaire pareil. Après on a vu sur des circuits techniques comme le Canada ou Champery qu’il n’avait plus le même niveau, il s’est calmé. Il n’est pas du tout technique. Il n’a même pas fait le déplacement aux Mondiaux de Canberra en Australie. Il avait vu le circuit l’an passé a la Coupe du monde et il à vu qu’il ne pourrait rien espérer.

Lors de ta préparation pour les Mondiaux, tu as survolé les Championnats de France à Oz en Oisans. Et avec plus de 4 minutes a l’arrivée, c’est la première fois que tu gagnes avec un tel écart. Comment l’expliques-tu ?

C’est un tout en fait. J’avais de super sensations physiques ce jour là, ce qui m’a permis de prendre du temps en montée. Mais je prenais aussi du temps dans le technique, dans la forêt. Je me faisais vraiment plaisir dans la boue. J’ai bien aimé également les enchainements pour descendre du vélo et remonter. Je ne suis pas tombé sur un grand Jean – Christophe Peraud, il n’était pas au top de sa forme et il l’a avoué. En plus, Cédric Ravanel est tombé. L’autre paramètre a été mon bris de Chappe de dérailleur en début de course. J’avais peur qu’il lâche complètement et je n’ai jamais relâché mon effort avant la fin. J’avais prévenu Julien (le mécano) de préparer un dérailleur. Toute l’avance que je prenais m’aurait servis en cas d’arrêt prolongé en zone technique. Je voulais aussi travailler pour les étapes de la Coupe du monde au Canada.

Justement, une semaine après tu remporte l’étape du Mont sainte Anne mais un problème mécanique t’empêches de mettre fin a la Coupe du monde après Bromont. Avec du recul, penses tu que, psychologiquement, cet incident a eu des répercussions sur la suite de ta saison ?

L’incident a vite été évacué de ma tête, Apres Bromont, je me suis vite focalisé sur mon objectif des Mondiaux. Je ne pensais pas a la fin de la saison Coupe du monde. Mathématiquement, je savais que le challenge n’était pas hyper difficile à relever pour gagner une cinquième fois le trophée. Je devais marquer 72 points en deux manches. Au Canada, j’étais surtout déçu. J’avais une épreuve à ma portée et elle m’échappe sur un ennui mécanique. Je n’avais jamais cassé ma chaine et la, ça arrive en Coupe du monde. Ma préparation ensuite pour les Mondiaux de Canberra s’est parfaitement déroulée.

Une préparation qui a bien failli tourner court une fois sur place…

Déjà, j’ai voulu reconnaitre le jour de mon arrivée et je ne sais pas si c’était une bonne idée avec la fatigue accumulée du voyage. J’ai été surpris par les difficultés techniques que je ne passais pas en vélo. Le lendemain j’ai tout passé correctement, la confiance venait. L’avant-veille de la course, sur un rocher à descendre, il y avait une pierre en bas mais quelqu’un à eu la mauvaise idée de l’enlever. On basculait, bien sur l’arrière du velo à la limite de passer par-dessus le guidon. Mais quand je suis arrivé sans savoir que le terrain avait été modifié, ma roue avant est restée coincée. Je me suis vu la tête écrasé sur le rocher d’en face.

Est-ce évident de passer outre ce genre de moment si peu de temps avant la course ?

Tu es vraiment focalisé sur ton objectif à ce moment la. J’arrive à chasser tout le négatif pour ne penser qu’aux choses positives. Cet incident a vite été oublié, je l’ai mis de coté. J’ai effectué un autre tour derrière et j’ai passé l’obstacle et c’était reparti.

Sur la semaine de Canberra, avais tu anticipé le fait que sur le circuit, comme tu l’as fais remarqué a l’arrivée, il manquerait peut-être une difficulté le jour de la course ?

Non, pas du tout. On se disait tous que ca roulerait vite et que c’était hyper technique. Mais personne n’a pu dire à un moment ou est-ce que l’on va faire la sélection ? J’avais juste dit qu’en cas d’arrivée au sprint, la course se jouerait au ravito. Là dessus, je ne me suis pas beaucoup trompé. Le départ très large me faisait peur et j’ai beaucoup travaillé là dessus. Mais la chance que ca se termine au sprint me paraissait tellement infime que je n’ai pas pris la peine de travailler l à dessus.

Nicolas Siegenthaler, l’entraîneur de Nino Schurter disait que tu n’avais pas fait de faute tactiquement. Es tu du même avis ?

Je n’ai peut –être pas fait la meilleure course tactique. Je me suis peut –être trop découvert, j’ai trop roulé. J’aurais eu Hermida dans la roue, je n’aurais peut – être pas roulé comme ca. J’ai peut – être sous estimé Nino en me disant que je finirai par le lâcher plus tard. C’était une erreur. C’était stupide et suicidaire. Ma deuxième erreur, elle est sur le sprint. Je suis très nul dans cet exercice et Nino à des qualités d’explosivité meilleures que moi. J’ai mal joué mon sprint mais dans tous les cas, il avait 70% de gagner dans cette configuration.

Tu es arrivé en position de favori en Australie en rêvant de retrouver le titre mondial. Est-ce que cette deuxième place est dure à avaler ?

Moi je l’ai clairement vécu comme un échec. Mon objectif, c’était le maillot. Il y a surtout eu beaucoup de frustration. Je me serais fait distancer dans une montée, c’était différent. J’aurais été moins déçu. Dans ma tête, j’ai fait la course 5000 fois en me demandant si j’avais fait les choses différemment. Et ca, c’est le plus dur à avaler. Je me suis retrouvé a l’arrivée des Mondiaux sans être forcement détruit. C’était une course d’attente. Je n’ai pas trouvé un endroit ou je pouvais lâcher les chevaux.

Sur le podium, on sent que l’instant est difficile à supporter pour toi…

C’est difficile de vivre ces moments la. Mais finalement, le plus dur vient après. La semaine suivante, même en vacances et loin du vélo, j’avais cette course dans la tête. C’était une horreur. Ca te trotte dans la tête. Tu n’arrives pas à dormir sans y penser.

Finalement la course de Champéry une semaine après aura été le meilleur des remèdes ?

Ca m’a permis de lâcher toute cette frustration sur le vélo. Tout ce qui était à l’intérieur est ressorti. Je me sui minable jusque dans la dernière côte et ca m’a fait vraiment du bien.

Après Schurter champion du monde, Stander gagne l’étape de Champéry. Est-ce que cette génération de coureurs entre 22 et 23 ans t’inquiète ?

Non. Et cela par ce que je la trouve plus saine que l’ancienne génération que j’ai juste croisé. Je préfère me battre avec des jeunes comme ca qui sont issus de la génération VTT et qui ont eu des progressions régulières. C’est dans la logique des choses. C’est une bonne chose.

Les Mondiaux 2010 ont lieu au Mont Sainte Anne. En 1998, tu étais sacré champion du monde la bas. Est-ce un avantage de courir une telle course sur une piste qui t’es si familière ?

J’adore ce circuit. Je ne partirais pas sans connaître le circuit comme a Canberra et la préparation sera donc plus facile. Ca va être une motivation supplémentaire de gagner là – bas douze ans après le titre juniors. Je pars avec de la confiance. J’ai gagné quatre Coupe du monde là – bas et je suis invaincu depuis 2007 sur ce terrain. Et j’aurais encore plus les crocs ! Ce qui est certain, c’est que l’issue des Mondiaux ne se jouera pas au sprint. Impossible.

Tu avais évoqué ton envie de te retirer après les Jeux de Londres en 2012. On parle aujourd’hui d’un mondial en France à l’horizon 2013. Est-ce que ca pourrait te pousser à continuer un peu plus…

Je ne peux pas du tout imaginer mon état d’esprit dans quatre ans. Je ne sais pas comment je ressortirai de Londres. Un Mondial en France pourrais être un beau dernier challenge mais sans motivation, ce n’est même pas la peine.